La défiguration progressive de nos campagnes ne procède pas seulement d’une tolérance à la laideur, à la saleté ou aux infractions municipales. Elle est également le résultat d’une politique publique totalement déconnectée des préoccupations esthétiques.

Au nom de la transition énergétique, on implante partout dans notre pays des éoliennes : il s’agit là d’un crime esthétique aussi grave que la floraison des lignes à haute tension, qui défigurent les paysages et sillonnent nos campagnes. C’est ainsi que Valeurs actuelles pouvait titrer, il y a quelques semaines, « La France défigurée » sur fond de champ éolien. Lorsque le pays en sera couvert, inutilement la moitié du temps, que restera-t-il de l’unité paysagère ? Il s’agit de faire plaisir à un groupuscule extrémiste, pour qui les centrales nucléaires sont le mal absolu. Et à enrichir de façon scandaleuse des industriels intéressés par la chose, aux frais du contribuable et du consommateur. Il paraît qu’enterrer les lignes à haute tension représente un budget considérable : et les éoliennes, quel est leur coût ? Pourquoi aucun écolo ne s’insurge-t-il contre cette grave atteinte à l’environnement ? Sans doute parce que l’environnement n’intéresse pas les écologistes, et que l’unité esthétique de la France participe de son identité…

Quel village français qui n’ait créé son lotissement, et construit, à bas coût, une poignée de maisons identiques, couvertes de « tuiles béton » qui ne sont d’aucune région et jurent copieusement avec les couvertures traditionnelles : quelle entrée de bourg échappe à ces horreurs ? Et que fera-t-on pour y remédier, lorsque le supermarché du coin vient d’acquérir à prix d’or d’un agriculteur intéressé les hectares de terres agricoles vite devenues constructibles, où il implantera son usine à consommer ? Il faut loger la population : de la même façon qu’il faut entreposer le matériel agricole, la nécessité pratique n’exclut pas d’imposer le respect de règles d’unité architecturale destinées à préserver la physionomie de notre pays. Sans laisser les promoteurs faire tout et surtout n’importe quoi pour des raisons économiques, corruption et menus avantages à la clef.

L’inventaire n’est pas exhaustif : on pourrait citer les salles communales pyramidales qui ont essaimé à une époque dans les petits bourgs ; les salles de sport bâties sans aucune interrogation sur leur intégration au paysage ; les entrées de bourgs aménagées à l’aide de panneaux aux couleurs criardes. La liste est longue !

La physionomie rurale change, rattrapée par ce que la modernité produit de plus laid. La beauté n’est pas, hélas, un paramètre de politicien ; il lui sacrifie parfois l’efficacité, toujours la recherche d’un profit à court terme : électoral ou financier. Et se désintéresse du long terme. Le résultat est là : alors que des réglementations draconiennes entravent toutes sortes d’activités, parfois inutilement, la campagne se couvre de verrues sur lesquels maires et préfet ferment les yeux, quand ce ne sont pas les pouvoirs publics qui en commandent la construction.

En ville également, l’inconscience et l’utilitarisme font des ravages…

 

François Teusch

source Boulevard Voltaire