France Stratégie, dont l’acronyme – FS – ne manque pas de fondement, est l’un de ces multiples trucs destinés à éclairer de leurs lumières les gouvernants élus, et pondre des réformes. À peine installé, François Hollande a créé le FS, lointain rejeton du Commissariat au Plan et en a confié la présidence à Jean Pisani, fils d’Edgar, qui participe à de nombreux cercles de réflexion sans avoir jamais mis les mains dans le cambouis d’une entreprise du secteur marchand.

Coup sur coup, FS nous pond deux belles idées que l’on peut rassembler en une seule.
Voici l’histoire de monsieur et madame Michu et de leurs deux enfants. Les époux Michu se sont saignés aux quatre veines presque toute leur vie pour devenir propriétaires de leur pavillon. À partir de ce moment-là, ils soufflent : tout crédit remboursé, ils ne paient plus, pour se loger, que leurs charges et les impôts immobiliers. Scandale, s’étrangle FS, car le voisin d’en face, lui, locataire d’un pavillon identique, doit sortir, tous les mois, un loyer dont les Michu, salaud de proprios, sont exonérés. « C’est pô juste » dirait Titeuf. « Faut taxer les Michu » éructe FS, dernier survivant de l’anar Proudhon qui affirmait sans rire : « La propriété, c’est le vol ».

Voici comment est née l’idée idiote de taxer comme un revenu le loyer fictif que les Michu paieraient s’ils étaient locataires ! Plus crétin, y’a pas. Car le même raisonnement débile s’applique tout ce que l’on ne loue pas : voiture, ordinateur, machine à laver, outillage, etc.

Comme une bonne idée n’arrive jamais seule, ils pondent, aujourd’hui, sa sœur jumelle que l’on peut résumer ainsi en plagiant un peu Martine Aubry : pour FS « les héritiers, y’en a marre ». Et de se poser l’angoissante question : « Peut-on éviter une société d’héritiers ? » Les enfants Michu frissonnent : c’est un peu en pensant à eux que leurs parents se sont privés. Tonnerre de Brest ! « Ce sont des héritiers », gronde FS ! Et ça, dans la belle France Hollandéenne, ils doivent passer à la casserole ! FS a trouvé LA solution : « Pour lutter contre l’inégalité des chances et éviter l’apparition d’une société à deux vitesses, où le patrimoine serait hérité à un âge avancé par une petite partie de la population, la fiscalité a un rôle important à jouer. »

Ils sont foutraques, ces « penseurs » : la société n’est pas à deux vitesses, mais à soixante millions : il n’y a pas deux « ménages » identiques en France ! Ailleurs non plus. Pour ces ayatollahs de l’équarrissage, la fiscalité actuelle sur les successions « montre son inefficacité à limiter les inégalités de patrimoine et son inadaptation aux enjeux du XXIe siècle. » Quel charabia ! Quel baratin ! Pour ces gens, les enjeux du XXIe siècle passent par le matraquage des époux Michu et de leurs enfants. Et puis, qui a dit que tous les patrimoines devaient être identiques au point qu’une différence « créé une inégalité » ? En 1789, les révolutionnaires ont écrit que la propriété était un droit naturel, imprescriptible, inviolable et sacré (art. 2 et 17 de la DDHC) ; ils n’ont pas dit que tout le monde devait avoir la même chose !

Faites-nous une faveur, messieurs de la FS, taisez-vous.

Source: Bd Voltaire - 6 Janvier 2017 - par Yannick CHAUVIN