La paille

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Faisant mon marché, je succombe à la tentation d'une buche de Sainte Maure à l'étal d' un producteur de fromages de chèvre tourangeau. Celui ci, plutôt que de m'en vanter son goût et ses saveurs, m'en garantit l'authenticité "vérifiable grâce à sa paille de seigle gravée au laser qui la transperce"...! Dans l'instant, bien qu'un peu interloqué, je ne réagis point.

La belle buche cendrée offerte sur le plateau de fromage familial ne fit jaillir aucun cri d'allégresse notable, j'évoquais alors la "gravure laser" à mes convives qui se précipitèrent sur la paille: effectivement, la mention AOP Touraine était bien présente, gravée sur ce mince brin de paille ! Belle réalisation technique !

Les restes de la buche de chèvre présents au dîner du soir raviva les conversations: étonnant qu'une technique aussi pointue que la gravure laser sur une malheureuse paille de seigle soit nécessaire à garantir l'origine d'un fromage alors que, on aurait pu le penser, seul son goût devait guider notre choix, ce qui fut la réflexion unanime de ma petite famille. Car, enfin, pourquoi choisir un met, un vin, un chocolat, un fruit, sinon pour son goût et peut être son prix? Ne serait ce pas que beaucoup de ces producteurs, qu'ils soient bio, locaux, d’appellation, etc... préfèrent se réfugier derrière une étiquette officielle plutôt que de nous offrir un produit de qualité qui, comme ils le reconnaissent implicitement, puisse être copié facilement.

Alors, chers producteurs, plutôt que de céder à des normes administratives fort coûteuses sinon complexes, plutôt que de vous cacher derrière des étiquettes, des mentions d'AOP et autres sceaux de garantie qui certes, nous promettent que vos produits ne viennent pas de Chine mais que vous nous refacturez fort chers, pourquoi ne vous attacheriez vous pas à plus de qualité ou mieux encore, à la réputation de votre nom?

Pour ma part, j'ai fait mon choix: il y a d'excellent fromages de chèvres locaux sans paille gravée au laser mais aux saveurs extraordinaires. Oserais je avouer que je fuis les producteurs arborant les sigles "bio" de toutes sortes et de toutes confréries qui vont peser lourdement sur la balance. Pire encore: depuis dix ans je n'ai plus acheté un vin de Bordeaux tellement ils se ressemblent, bien alignés sur les normes officielles marquées du sceau d'un certain œnologue américain embrumé dans les senteurs de chêne et si proches de ce que nos amis californiens savent produire. Mais cela n'engage que ma petite personne.

Bon appétit.

PhB